Edmond About (1828-1885)

Le banquier Alfred Tourly n’est resté propriétaire du Château d’Osny que trois ans... Le 24 décembre 1880, il le vend à l’homme de lettres Edmond About, moyennant la somme de 220 000 francs.

Fils de marchands épiciers, Edmond About naît à Dieuze (Moselle) le 14 février 1828. Il y suit d’abord une courte scolarité avant d’entrer au séminaire de Pont- à-Mousson. Indépendant et refusant l’éducation cléricale, il est envoyé en pension à Paris au lycée Charlemagne où il côtoie ses futurs amis Francisque Sarcey et Hippolyte Taine. Elève brillant, il remporte le prix d’honneur de philosophie au concours général. Paresseux mais ambitieux, il est ensuite admis à l’Ecole Normale Supérieure en 1848.

Amoureux de la vie parisienne, il renonce à l’enseignement et opte pour le journalisme. Reçu premier à l’agrégation de lettres en 1851, il est nommé membre de l’Ecole Française d’Athènes et séjourne alors deux ans en Grèce où il se distingue comme écrivain avec La Grèce contemporaine. Son premier article est publié dans L’Illustration le 17 juillet 1852.

De retour à Paris, il travaille et se divertit avec le surnom de « prince des boulevards ». Sous contrat avec Hachette, il connaît le succès avec ses romans tels que Le Roi des montagnes, L’Homme à l’oreille cassée et Le Nez d’un notaire. Il fréquente assidûment les salons aux côtés de nombreux artistes dont Théophile Gautier, Charles Baudelaire et Gustave Flaubert. Grâce aux faveurs de la famille impériale, il est un auteur en vue et un journaliste à la mode.

Promu chevalier de la Légion d’Honneur en 1858, il est élevé au rang d’officier en 1867. Anticlérical, progressiste, il soutient la politique officielle. Se partageant entre sa propriété de Saverne (Bas-Rhin), la « Schlittenbach », et son appartement parisien, il mène la vie d’un mondain. Marié en 1864 avec Alexandrine Le Painturier de Guillerville, il privilégie alors une vie familiale heureuse. Il a huit enfants et se soucie beaucoup de leur éducation. Favorable à la déclaration de guerre contre la Prusse en 1870, il part comme correspondant de guerre et décrit sa souffrance due à la perte de l’Alsace et de la Lorraine. Après la défaite, il renie l’Empereur et devient républicain.

En 1872, il devient propriétaire du journal Le XIXe siècle, dans lequel il traduit son goût de l’ordre et du conformisme social. Membre du Conseil Supérieur des Beaux-Arts, il est aussi critique d’art et commente une dizaine de salons où sa fidélité pour la peinture d’histoire (Delacroix, Ingres et Millet) et son aversion pour l’impressionnisme reflètent son classicisme.

Sa vie durant, Edmond About veut également briller en politique, cherchant à y obtenir autant de succès qu’il en connaît dans sa carrière de journaliste et d’écrivain : « On m’a tout promis, j’ai tout accepté, je n’ai rien obtenu ». Son rêve non réalisé est toutefois compensé par une élection à l’Académie Française le 24 janvier 1884, après que sa candidature ait été refusée deux fois pour raisons politiques et religieuses en 1870 et 1874.

Le 18 mai suivant, il élu maire d’Osny, mais devant la multiplicité de ses fonctions, il refuse poliment son mandat et devient conseiller municipal. Malade et connaissant des difficultés de gestion, il meurt prématurément à Paris le 16 janvier 1885, à l’âge de 56 ans, avant d’avoir pu prononcer son discours de réception. Il est ensuite inhumé au cimetière du Père Lachaise en présence de nombreuses personnalités de l’époque dont Victor Hugo, Louis Pasteur et Jules Ferry. Après sa mort, son épouse et ses enfants continueront à vivre au château jusqu’au 2 avril 1898, date à laquelle ils le revendent à l’industriel et homme politique Lazare Weiller (1858-1928), moyennant la somme de 182 000 francs.