Lazare Weiller (1858-1928)

Propriétaire du Château d’Osny durant 18 ans, la famille d’Edmond About s’en sépare en 1898 et le vend à Lazare Weiller, homme politique, industriel et inventeur français, qui le gardera jusqu’en 1901.

Né le 20 juillet 1858 à Sélestat, dans une famille juive alsacienne, Lazare Weiller quitte l’Alsace annexée par l’Allemagne en 1872 et s’installe chez son cousin à Angoulême. Brillant élève, il poursuit ses études au Lycée Saint-Louis à Paris, au Trinity College d’Oxford puis revient à Angoulême pour travailler dans l’usine de son cousin qui produit des tissus métalliques pour l’industrie du papier.

Durant cette même période, il entreprend la recherche d’un alliage permettant de réaliser des fils de métal fins et solides aussi conducteurs que le cuivre et dépose les brevets du bronze siliceux et du cuivre phosphoreux à l’origine de sa fortune personnelle, grâce à l’essor considérable du télégraphe et du téléphone électrique. Il créé en 1880 à l’âge de 22 ans, sa propre usine, lesTréfileries et Laminoirs du Havre. Trois ans plus tard, il est promu chevalier de la Légion d’honneur.

En 1889, sa curiosité intellectuelle le conduit à présenter une communication à l'Académie des Sciences intitulée « Sur la vision à distance par l’électricité » dans laquelle il décrit un appareil qu'il baptise « phorosphore », permettant d'analyser mécaniquement et de reconstituer à distance une image, figurant ainsi parmi les pionniers de la télévision.

Le 2 avril 1898, la famille d’Edmond About lui vend le château d’Osny, moyennant la somme de 182 000 francs. Lazare Weiller, passionné d’art, et qui jouit d’une fortune considérable, va s’employer à remettre le château en état et à lui rendre toute sa splendeur d’autrefois, comme en témoigne l’instituteur Ernest Signol dans sa monographie relative à Osny : « En 1899, le nouveau propriétaire du château d’Osny sans rien changer à la forme de la construction a enrichi l’intérieur d’intéressantes galeries de tableaux. L’une d’elles contient bon nombre de toiles dues au pinceau des grands maîtres de la peinture. Une autre est composée d’un côté d’une riche collection de gravures lithographiées du 18e siècle. Le côté opposé contient une collection entière de dessins à la plume de Renouard. Le parc a reçu de magnifiques statues dues au ciseau d’artistes contemporains, l’eau et l’électricité sont installées partout. Le château d’Osny peut compter maintenant parmi l’une des plus belles propriétés des environs de Paris ».

On lui doit notamment la réalisation en fer forgé de la grille d'honneur et du portail d'entrée du vestibule, ornés tous deux de son monogramme « W », ainsi que l’installation, dans les salons du château, de quatre médaillons originaires du château de Monza (Italie, Lombardie, XVIIIe s.) et des poêles de Nuremberg (Allemagne, Bavière, XVIIe s.) et d’Augsbourg (Allemagne, Bavière, XVIIIe s.), inscrits à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1988.

Au début du XXe siècle, les affaires de l’industriel sont durement éprouvées par l’effondrement du cours du cuivre, ce qui l’oblige à vendre une partie de son patrimoine et notamment, dès 1901, le château d’Osny, au banquier Frédéric de Reiset, moyennant la somme de 325 000 francs.

De 1903 à 1905, il participe à la fondation de la Compagnie Générale des Compteurs et de la Compagnie française des Fiacres Automobiles. En 1908, pressentant l’essor de l'aviation, il attire en France les frèresWright, pionniers américains en la matière, en leur offrant un contrat de 500 000 francs, en échange de la cession des droits de fabrication de leur biplan à deux hélices, à l’initiative de la création de la Compagnie Générale de Navigation Aérienne.

En 1912, il crée également la Compagnie Universelle de Télégraphie sans fil.

Inventeur et industriel, Lazare Weiller s’intéresse aussi à la politique. Battu aux élections législatives en 1888, il effectue une mission diplomatique aux Etats-Unis en 1900 et publie à son retour « Les grandes idées d’un nouveau peuple » qui célèbre la civilisation américaine. Elu député de la Charente en 1914, il intervient en faveur de l’Alsace-Lorraine et publie un rapport sur les activités de la propagande allemande en Suisse. Battu aux élections en 1919, il perd son siège de député, mais il est élu sénateur du Bas-Rhin en 1920 et s’installe à Sélestat, sa ville natale, où il achète l’hôtel de la Lieutenance. Réélu en 1927, il décède le 12 août 1928 à l’âge de 70 ans à Territet en Suisse. Marié à sa cousine Marie-Marguerite Weiller, puis à Alice Javal, il a eu quatre enfants, dont Paul- Louis, héros de l’aviation pendant la Première Guerre Mondiale et ingénieur de l’Ecole Centrale, dont la petite-fille, Sibilla, a épousé en 1994, le prince Guillaume de Luxembourg.